Papiers marbrés

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« Les couleurs qui flottent »

La caractéristique essentielle des « papiers marbrés » (dit aussi « papiers à la cuve ») est que le décor est entièrement réalisé dans une cuve avant d’être « exprimé » sur le papier .

Etalé dans la cuve se trouve un support de colle, plus ou moins liquide, dite « gomme » et traditionnellement végétale. Les couleurs sont déposées à la surface de cette gomme, soit en gouttes, soit au pinceau. Le dessin est ensuite réalisé à l’aide d’instruments comme des « peignes » (papiers peignés), des stylets et autres. Ces étapes effectuées, une feuille de papier est déposée à la surface de la gomme, et le « transfert » du décor s’opère immédiatement, un peu comme la « révélation » d’une photo argentique.

La surface de la gomme est ensuite débarrassée de toute trace de peinture, et prête pour la réalisation d’un nouveau motif. Les feuilles terminées, après séchage, sont mises en presse.

Les Papiers marbrés.

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Bref historique

Liu sha chien (papier sablé flottant), Suminagashi (encre qui flotte), Ebrû (art des nuages). Des noms évocateurs pour qualifier la marbrure, un art décoratif et poétique principalement appliqué au support papier.

Originaire d’extrême-orient, la connaissance de cet art a suivi la route de la soie et du papier depuis la chine du Xè siècle jusqu’à l’europe occidentale du 17è siècle. Supports de calligraphie au Japon et dans l’empire ottoman, papiers découpés et collages destinés aux miniatures persanes et indiennes, décors du livre dès le 15è siècle en Turquie, les papiers marbrés offrent toute une richesse ornementale. Les Turcs sont à l’origine des principaux motifs utilisés jusqu’à ce jour en occident : peignés, cailloutés, marbrés (imitant les veines du marbre).

Ce sont les échanges commerciaux entre l’empire ottoman et l’Europe occidentale qui ont permis de découvrir en France les premiers « papiers marbrés », ainsi nommés par les voyageurs au tout début du 17è siècle (1608. Pierre de l’Estoile. Mémoires journaux).

Très vite ces beaux papiers rencontrent l’intérêt des bibliophiles du royaume, et leur emploi est depuis intimement lié aux travaux de dynasties de relieurs d’art, quasiment sans interruption jusqu’à nos jours.

En Allemagne, en Italie, aux Pays-Bas, en Angleterre ou au Danemark, les papiers marbrés ont connu des fortunes diverses selon les époques, mais toujours associés au monde des livres.

Si les deux guerres mondiales du 20è siècle n’ont pas été des périodes favorables à cette activité, les papiers marbrés rencontrent en France depuis les années soixante dix un renouveau d’intérêt et de créativité grâce à l’attention des relieurs et au développement de l’activité de reliure de la part d’amateurs éclairés. Des expositions, l’ouvrage « De la dominoterie à la marbrure », travail essentiel de Marie-Ange Doizy sur l’histoire de ces papiers, et le regain d’intérêt de musées et d’archives, ont permis un meilleur accès du public à cet art méconnu, trop souvent limité aux élites bibliophiles.

Souhaitons que cette connaissance s’accompagne d’un intérêt renouvelé de la part des relieurs et de tous les artistes concernés par l’univers des beaux papiers.

© 2014-2018 Sylvie Hournon